Découvrez le rôle du gérant d'une Sàrl en Suisse : nomination, pouvoirs, responsabilité civile et pénale, rémunération optimale et obligations légales. Guide complet.

Le gérant d'une Sàrl en Suisse occupe une position centrale dans la gouvernance de la société. Contrairement au conseil d'administration d'une SA, le gérant exerce directement la gestion opérationnelle et stratégique de l'entreprise. Il est responsable de la direction quotidienne des affaires, de la représentation de la société envers les tiers et du respect des obligations légales imposées par le Code des Obligations (CO). La loi exige qu'au moins un gérant disposant du pouvoir de signature soit domicilié en Suisse – une condition essentielle à connaître avant de se lancer dans la création d'une Sàrl en Suisse.
Le gérant est nommé par l'assemblée des associés, qui constitue l'organe suprême de la Sàrl. Cette nomination peut être inscrite directement dans les statuts lors de la fondation ou intervenir ultérieurement par décision de l'assemblée. En pratique, dans la majorité des PME suisses, le fondateur cumule les rôles d'associé et de gérant. Le gérant peut être un associé ou une personne externe à la société – la loi ne l'impose pas. Toutefois, si la gérance est confiée à un tiers non-associé, les statuts doivent le prévoir explicitement.
Les pouvoirs du gérant sont étendus mais encadrés. Il dispose d'une compétence générale pour accomplir tous les actes que requiert le but social de la société. Il signe les contrats, engage du personnel, ouvre des comptes bancaires et prend les décisions commerciales courantes. Cependant, certaines décisions stratégiques restent réservées à l'assemblée des associés : modification des statuts, approbation des comptes annuels, nomination ou révocation des gérants, et distribution de dividendes. Pour comprendre l'ensemble des droits et devoirs liés à cette forme juridique, consultez notre article sur les avantages et obligations d'une Sàrl en Suisse.
La responsabilité du gérant de Sàrl est un sujet que tout entrepreneur doit maîtriser avant de se lancer. Sur le plan civil, le gérant répond personnellement des dommages qu'il cause à la société, aux associés ou aux tiers par une violation de ses obligations légales ou statutaires. Cela inclut notamment la négligence dans la tenue de la comptabilité, le non-respect des obligations fiscales ou sociales, les décisions contraires à l'intérêt de la société ou encore le retard dans le dépôt du bilan en cas de surendettement. C'est l'un des inconvénients de la Sàrl que les fondateurs sous-estiment parfois.
Sur le plan pénal, le gérant peut être poursuivi pour des infractions telles que la gestion déloyale, la banqueroute frauduleuse, le faux dans les titres ou le détournement d'actifs. Les cotisations AVS non versées engagent également la responsabilité personnelle du gérant – les arriérés de cotisations sociales ne sont pas effacés par la faillite de la société et peuvent être réclamés directement au gérant.
Pour limiter ces risques, il est vivement recommandé de souscrire une assurance responsabilité civile des organes (D&O – Directors and Officers). Cette assurance couvre les frais de défense juridique et les dommages-intérêts en cas de mise en cause personnelle du gérant. Le coût de cette assurance varie entre CHF 500 et CHF 3'000 par an selon le chiffre d'affaires et le profil de risque de la société – un investissement à intégrer dans le budget de création de votre Sàrl.
La question de la rémunération du gérant est l'un des leviers d'optimisation fiscale les plus importants dans une Sàrl. Le gérant-associé peut se verser un salaire, des dividendes, ou une combinaison des deux. Chaque option a des implications fiscales et sociales distinctes qu'il convient d'analyser avec soin.
Le salaire du gérant est soumis aux cotisations sociales (AVS/AI/APG, soit environ 10,6 % à la charge de l'employeur et autant à la charge de l'employé) et à l'impôt sur le revenu. En revanche, il est intégralement déductible du bénéfice imposable de la société, ce qui réduit l'impôt sur le bénéfice. Les dividendes, quant à eux, ne sont pas soumis aux cotisations AVS mais subissent la double imposition : ils sont d'abord imposés comme bénéfice de la société, puis comme revenu de l'associé.
La répartition optimale entre salaire et dividendes dépend de nombreux facteurs : le canton de domiciliation, le taux marginal d'imposition personnel de l'associé, le niveau de bénéfice de la société et les besoins en couverture sociale (LPP, prévoyance). Un fiduciaire peut calculer la répartition idéale pour chaque situation – c'est un conseil qui se rentabilise rapidement. Le capital initial de CHF 20'000, déposé sur le compte de consignation, constitue la base financière à partir de laquelle le gérant construit la stratégie de rémunération de l'entreprise.
Non. La loi suisse permet de nommer un gérant externe qui n'est pas associé de la société. Toutefois, les statuts doivent expressément prévoir cette possibilité. En pratique, dans la majorité des PME suisses, le fondateur cumule les rôles d'associé unique et de gérant, ce qui simplifie la gouvernance.
La loi ne fixe pas de salaire minimum pour le gérant-associé. Cependant, les autorités fiscales et les caisses de compensation AVS attendent un salaire conforme aux usages du marché. Un salaire anormalement bas associé à des dividendes élevés risque une requalification fiscale. En règle générale, un salaire annuel brut d'au moins CHF 60'000 à CHF 80'000 est considéré comme crédible pour un gérant à plein temps.
En principe, non – la responsabilité des associés est limitée au capital investi. Cependant, le gérant peut être tenu personnellement responsable dans certains cas précis : violation de ses devoirs de diligence, non-paiement des cotisations AVS, retard dans l'avis de surendettement au juge, ou gestion déloyale. Une assurance D&O est vivement recommandée pour se protéger contre ces risques.